Poésies sur la mine

et le Bassin Minier d’Auzat La Combelle

Brassac-les-Mines Sainte-Florine

 

 

A Tu seras mineur mon fils

A Poussière dans la poussière

A La Belle arrivée

A Chevalements…

 

 

 

TU SERAS MINEUR MON FILS!

 

Les brumes fantômales

Des matins de juillet

Brûlent leur encens

Au foyer des eaux vertes

Du fleuve paisible.

À coup de langues râpeuses,

Léchant comme des sucres les myriades de galets,

L'ALLIER, enchâssée frileusement entre deux costilles,

Érafle sa paresse aux pierres anguleuses

Des quais oubliés.

 

Pourtant,

 

Glissent là, devant moi

Les flottilles à fond plat

Les flancs enceints de roches minérales

Noires et luisantes, gorgées de vie

De vie,

De vie...

 

Tu seras mineur, mon Fils!

 

Alors,

 

Renaissent les siècles perdus

Et la pioche et les bois tordus

Et les wagons et la nuit drue,

L'odeur des chevaux fous

Et la poussière et la boue,

Les roues qui tournent follement;

Au tri, les femmes et les enfants !

 

Tu es mineur, mon fils !

 

Sabots, galoches et mobylettes,

Le temps s'accroche aux deux molettes.

La sirène éperdue

Emplit la cage, vide les rues,

C'est la révolte qui gronde.

Dans le brouillard des bistrots

Là où se refait le monde,

Là où se remarquent les buts

Des équipiers vaincus.

 

Tu es mineur, mon Fils!

 

La sirène éperdue

Compte, compte

Froidement, mécaniquement

Les matins des années,

Avec d'immenses parenthèses.

Le travail est dur,

La poussière mauvaise ;

Il y aura deux mois demain

Que pour un peu plus de pain

Le silence de la colère

A cloué les roues, les raies en l'air.

 

Tu es mineur, mon Fils!

 

Tu es mineur mon fils

Par la pelle et la pioche

Et par l'air comprimé,

Par la lampe d'Aladin

Que tu tiens à la main,

Qui renaît et s'éteint,

Par ton mal de reins,

Par le bois qui geint

Qui résiste à la mort

Et casse sous l'effort.

 

Tu es mineur, mon Fils!

 

Par ta gueule noircie,

Et les bleus sur ton corps,

Par le charbon qui coule

Comme un torrent

Sur ton dos, sur tes pieds

Et descend en cascade en griffant,

Par le coron qui chante

Ses fêtes nationales

Par l'église d'AUZAT

Qui appelle ses morts,

Par le cri des gamins

Tu es...

Soit ;

Je sais...

 

La cruelle lumière

Qui monte dans mon dos

A refermé le puits

Une deuxi7me fois.

 

Sûre et calme

L'ALLIER file vers le nord,

Inlassablement,

Hors du temps

Des hommes d'aujourd'hui.

Au creux des terres

Dort une seconde vie.

 

Un jour,

Un jour certain...

 

Tu seras mineur, mon Fils!

 

Jean-Claude Daffix

 

POUSSIÈRE   DANS  LA POUSSIÈRE

 

Quatre cents mètres sous terre,

Quatre cents mètres en enfer,

Pour tromper la mort en attente,

Alors  joue,  bois et chante.

 

À l'aube de chaque nuit

De cette vie à l'envers,

Tu retournes dans l'oubli

Pour huit heures de calvaire.

Pourtant la mère t'avait dit :

La mine a pris ton père.

 

Mais qu'importe après tout ,

Au bout de ton horizon,

Seul un terril et un trou !

Après ça plus de question,

Si tu veux gagner tes sous,

Reste plus que le charbon.

 

Alors tu piques et tu boises,

Termite dans le néant,

Posant des buttes et des moises

Dans l'eau qui glace ton sang,

Dans l'eau puante et sournoise,

De la poussière plein les dents.

 

Vieillard  à la quarantaine,

Tu craches des morceaux de toi.

Cœur lourd de luttes et de peines,

Tu regrettes déjà ton choix.

Mais la mine remplie de haine,

N'en a pas fini avec toi.

 

La mine n'aime pas qu'on la viole.

Elle hurle, tressaute et se tord.

Un jour même, comme bombe qui miaule,

De son ventre naît la mort.

Torrent de bois et de tôles,

Elle seule gardera ton corps.

 

Jean-Claude Daffix

20 Juillet 1908

 

LA BELLE ARRIVÉE

 

Toi qui est de Paris

Tu aimes la Provence

La douceur de sa vie

Son ciel bleu, ses romances

Mais tu es un titi

Tes quinze ans c’est ta rue

Et la Seine en son nid

La foule et sa cohue

 

Comme tous les enfants

Aux racines profondes

Nous aimions faire la ronde

Mais surtout vous les grands

Laissez-nous notre monde

Laissez-nous aimer, travaillez

                            et vivre au pays

Laissez-nous aimer, travaillez

                            et vivre au pays

 

Que tu sois de Clermont

Que tu sois de Bordeaux

Tu aimes ta région

Ses collines, ses oiseaux

La Bruyère et ses tons

Tes vingt ans ont tes yeux

Un rire clair des seins ronds

Et vous êtes pris au jeu

 

Comme toute la jeunesse

Aux racines profondes

Nous aimions notre monde

Mais surtout qu’on nous laisse

Ministres immondes

Laissez-nous aimer, travaillez

                            et vivre au pays

Laissez-nous aimer, travaillez

                            et vivre au pays

 

Le 11 août 1978

 

CHEVALEMENTS…….

 

BAYARD, LES GRAVES, QU'EST-CE QUE C'EST ?

QUI LE DEMANDE, ET QUI LE SAIT ?

BAYARD, LES GRAVES, C'EST DES " LIEUX-DITS "

VOUS DIRA-T-ON À LA MAIRIE.

 

BAYARD, LES GRAVES, POUR EN PARLER

IL FAUDRAIT ÊTRE DE LA MINE

AU MOINS DU TEMPS QU'ELLE EXISTAIT,

BAYARD ? LES GRAVES ? DES PUITS DE MINE.

 

OUI MAIS, DES ANNÉES ET DES ANNÉES

DES HOMMES DURS,AU CŒUR BIEN TENDRE

ONT PRIS LA CAGE : IL FAUT DESCENDRE,

GAGNER LA VIE,- LA PEAU DONNÉE,

 

BAYARD, LES GRAVES DE LA FERRAILLE

QU'ON PEUT TRÈS BIEN VENDRE À BOURBIÉ ?

OU BIEN L'AMOUR ET L'AMITIÉ

LES SOUVENIRS ET LES BATAILLES ?

 

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TOI' VIEUX MINEUR QUI EN SAIT TANT

POURQUOI GARDER TANT LE SILENCE ?

DIS -LE QUE TES CHEVALEMENTS

C'EST BEAUCOUP PLUS QUE CE QU'ON PENSE,

 

DIS-LE QU'ON T'A TANT EXPLOITÉ

DIS LEQU’ON S'EST FOUTU DE TOI

DIS-LE QU'ILS VEULENT T'ENLEVER

LE SOUVENIR, PLUS QUE TON TOIT ;

 

DIS-LE QUE TU AS ÉCOUTÉ

CE QU'ILS DISAIENT, QUAND IL FALLAIT

EN FAIRE, EN FAIRE, SILICOSÉ

 

DIS LE LEUR BIEN QU'ILS T'ONT TUÉ

 

ON N'A PAS LE DROIT D'EN PARLER

LES COMMUNISTES, OU LES CURÉS

ON VIENT AVEC TOI POUR LUTTER

MAIS C'EST BIEN TOI QU'ILS ONT VOLÉ

 

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