A Du paysan-mineur au mineur

A Les immigrés

A Les cités

A La culture, le sport

A La solidarité

A Les grèves

A Les femmes

 

Les gens de la mine

 

Pour faire tourner une mine, il faut des mineurs.

 

Le travail souterrain a ses spécificités. On y vit dans la pénombre, le danger est partout, mais aussi et surtout, l’erreur d’un individu peut mettre en danger la vie des autres.

Le mineur, « premier ouvrier de France » dans la France de l’après-guerre représente un type humain bien particulier.

 

Du paysan-mineur au mineur

 

Les habitants de la région sont, d’abord, des paysans. Vivant presque en autarcie, ils vont à la mine pour y acquérir des liquidités monétaires, et ainsi accéder à de nouvelles habitudes de consommation. Mais, très longtemps, le mineur garde les habitudes du paysan.

Il faudrait presque un siècle pour lui faire quitter sa petite ferme, et le faire venir dans les cités ouvrières construites près des mines. Encore cette évolution est-elle variable suivant les individus. Le logement dans la cité est gratuit, mais la mine donne une indemnité de logement aux propriétaires mi-paysans des hameaux de Tansac, Le Théron, Lamontgie, Jumeaux etc. Beaucoup resteront donc dans leur ferme jusqu’au bout.

Le mineur-paysan marche donc le matin pour aller au travail, et le soir pour en revenir.

Jusqu’à la fin du XIXe, la mine constitue, pour lui, un complément. Quand il faut rentrer les foins, ou vendanger ses vignes, il abandonne la mine sans hésitation, au grand désespoir des exploitants privés de mains-d’œuvre.

 

Il faut imaginer ce que cela représentait : une double journée de travail. Les gens quittaient la mine, où ils n’étaient pas payés pour ne rien faire, et enfilaient aussitôt l’habit du paysan pour piocher les patates, tailler la vigne ou traire leurs quelques vaches.

 Rude travail, rude époque.

 

Tout au long du XIXe, les exploitants vont créer sur les puits des Caisses de Prévoyance, premier embryon de Sécurité Sociale, construire des cités qui, en fonction des critères du moment, représentent un réel progrès pour l’hygiène et le confort. Leur but, au-delà des préoccupations humanistes de certains patrons éclairés : fixer les mineurs sur la mine.

D’autant plus qu’un paysan présente, en cas de grève, un inconvénient majeur : il a toujours son champ de patates et son cochon pour survivre. En 1893, les mineurs de La Taupe font grève trois mois, et ne cèdent qu’à la dernière extrémité.

 

Même quand la mutation s’achève, la tradition reste. Les jardins de mineurs produisent les légumes, la vigne, les animaux d’autant plus nécessaires aux mineurs que les salaires n’augmentent en termes réels que sous la pression constante des luttes ouvrières.

 

A Une caserne d’ouvriers

Cellamines, à La Combelle

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Les immigrés

 

Pour pallier au manque de main-d’œuvre locale, les compagnies minières vont, au XXe, faire appel de manière systématique à l’immigration.

 

Les archives de la mairie d’Auzat-sur-Allier La Combelle gardent ainsi la trace de représentants d’une trentaine de nationalités différentes : albanais, algériens, allemands, autrichiens, croates, espagnols, grecs, hongrois, italiens, marocains, polonais, portugais, russes, serbes, yougoslaves, slovènes, chinois etc.

 

Classements par nationalités des travailleurs immigrés

entrés à La Combelle de 1930 à 1935

 

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Ces gens arrivent avec, souvent, une maigre valise voire leurs seuls vêtements pour tout bagage. La mine leur avance le nécessaire –qu’ils remboursent ! Les immigrés apportaient leur force de travail, leur volonté de vivre. S’ils se retrouvent entre eux au début dans des cantines ou des quartiers par nationalité, ils réussiront cependant à s’intégrer, dans la société française.

 

Les immigrés travaillent au côté de leurs amis français dans la mine, mais aussi en-dehors. Le paysan-mineur n’a pas disparu complètement, et embauche des collègues immigrés pour travailler avec eux sur leurs exploitations, les payant en nature ou en espèces. Ce qui crée des liens durables.

Beaucoup des enfants d’immigrés passent d’ailleurs une partie de leur temps dans des fermes du Cantal, où ils travaillent souvent dûr, pour gagner leur nourriture et quelques uns des gratifications.

Les immigrés prendront les habitudes de vie, de langage, de travail des français. Durant la Seconde Guerre Mondiale, beaucoup d’entre eux rejoindront la Résistance, témoignant ainsi de leur attachement à leur nouvelle patrie.

 

Aujourd’hui, c’est un vrai bonheur de voir sur les boîtes aux lettres, dans les annuaires téléphoniques ou les pierres tombales des noms provenant de toute l’Europe. Malgré quelques accrocs, -ne nous voilons pas la face !-, le racisme n’a jamais exercé de ravages sérieux et durables dans la région.

 

A Parc à bois de Charbonnier (Puy-de-Dôme)

 

 

A Groupe de mineurs à la Libération.

Remarquez le prisonnier de guerre (PG) parmi eux

 

Les cités

 

Ce nouveau genre de vie trouve son cadre de vie idéal dans les cités : Les Barthes, Mégecoste pour la Haute-Loire, Charbonnier, La Combelle pour le Puy-de-Dôme ou Bayard (près de Brassac-les-Mines).

 

Elles représentaient un réel progrès pour les mineurs : propres, claires, aérées, pourvues d’un jardin, avec l’eau à proximité. Ce qui n’empêchait pas parfois, des vices de construction : les jardins des Barthes, par exemple, étaient mal disposés par rapport au soleil, ce qui obligeait les mineurs à avoir des jardins à l’extérieur des cités.

Le mode de vie s’approchait de celui d’une communauté de vie : nombre de tâches s’y faisaient collectivement : entretien des parties communes, sanitaires, repas des enfants.

Ceux des Barthes traversaient la route pour aller cueillir du houblon sauvage au bord de la Leuge et permettre ainsi aux femmes de fabriquer une bière peu alcoolisée, délicieuse et très désaltérante. Avantage considérable pour leurs hommes : la poussière, omniprésente dans le métier de mineur, ça donne soif !

 

L’eau courante, sur l’évier, se généralise vers 1955.

 

Mais dès les années 1930, la station de pompage sur l’Allagnon, installée par la mine, permet de se brancher et d’avoir un compteur d’eau. Suite à des cas de typhoïde, les deux municipalités d’Henri Bournerie, médecin de la mine, changent les canalisations et se branchent sur le Valbeleix, massif proche du Cézallier (1964-1965).

À Tansac, il y aura de nombreux procès, suite à l’assèchement des puits, conséquence du passage des galeries d’exploitation de charbon, d’où la construction de 4 réservoirs d’eau, remplacés par un autre, plus important.

 

La Combelle représente un cas particulier. Agglomération apparue par et pour la mine, elle conserve jusque dans son architecture, les traces de sa mission passée.

Les maisons, simples ou doubles, s’articulent autour des différents puits : Cellamines, Graves,  Basse-Combelle. Le puits de la Verrerie a toujours son bâtiment d’avant 1850. D’autres, disparus depuis longtemps (Orléans) subsistent dans les noms de quartier ou de rue.

Les bâtiments construits par les mines, seules ou en collaboration (école, château d’eau, transformateur électrique, infirmerie, Chambre Chaude des Graves, forge) ont été reconvertis, ou sont en instance de l’être.

La chapelle, construite par les mines et restaurée par des ouvriers mineurs, la plupart communistes, est toujours là.

Quant au Puits des Graves, sauvé de la destruction par l’obstination de combellois tenaces -voir le paragraphe sur l’Association de Sauvegarde des Chevalements Les Graves-Bayard-, il se dresse toujours au-dessus de la cité.

 

La population a changé. Les mineurs ont, contraints et forcés, changé de métier depuis 1978, et d’autres corps de métiers, d’abord dans la métallurgie, les ont remplacés. Les mineurs ont racheté les maisons que la mine leur prêtait (pour les actifs, les retraités et les veuves), mais La Combelle n’a pas changé vraiment de visage.

 

Seule différence notable : les jardins ont perdu en partie leur première fonction nourricière, et les fleurs de toutes sortes y ont souvent remplacé les légumes, mais ils sont toujours aussi bien tenus.

 

Les autres cités du Bassin, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme ont suivi la même évolution.

 

La Combelle est loin de l’image d’Épinal du Pays Noir. Le paysage visible du point de vue près du Château d’eau, dont le Puy-de-Dôme, est magnifique.

 

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Leiranoux, Pic de Vodable, Pic d’Ysson

Le Grand Raymond

 

Pic de Nonette

Bonnefont, Badoulin

 

 

 

La mine marque le paysage

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Sainte-Florine

 

Arrest

 

La Combelle

Gare de Brassac-les-Mines

 

 

 

Berlines près du stade de La Combelle

 

 

 

 

 

 

A Traité technique (vers 1920)

 

La culture, le sport

 

La société des mineurs, extrêmement soudée, a développée des institutions culturelles originales.

 

Toujours dans le but de fixer les paysans-mineurs sur la mine, les compagnies ont soutenu la création de cercles et de bibliothèques réservées aux employés[1], de fanfares, de sociétés sportives en tous genres. Les mineurs ont très vite récupéré des institutions à leur profit.

 

Mais la culture ne resta pas confinée dans l’orbite des sociétés officielles. La musique, par exemple, s’exprima à travers de nombreux musiciens de bal justement réputés, comme José Cravinho ou Paul Chalier.

De nombreux mineurs s’essayèrent avec bonheur à la peinture et à la sculpture.

 

Sur le Bassin, le sport représenta un élément clé de la fierté des mineurs.  Le grand Anquetil, quintuple vainqueur du Tour de France, participa en 1962 à une course à Vergongheon. Dans les années 1930, Arthur Marsura, alors vedette locale du cyclisme, battit le champion clermontois Latru.

À partir de 1945, des cyclistes de renommée rayonnèrent sur la Bassin, l’Auvergne, et sur le plan national. Ce fut le cas des frères Modolo, Dos Santos, Jacky et Antonie, et Costa entre autres.

 

Les clubs de foot de Frugères, Vergongheon, Lamontgie, La Combelle, Charbonnier firent les beaux jours du foot des années 40, 50 et 60.

À la Libération, reprenant l’actif de Charbonnier, l’association La Combelle Charbonnier, se constitue. Ses joueurs, pour la plupart des mineurs en activité, alimentèrent plusieurs équipes professionnelles : Saint-Étienne, Lyon, Sète et d’autres accueillirent des Tylinski, Domingo, Snella et autres Antonio. L’un d’eux sera même capitaine de l’équipe de France B.

 

Cette renommée atteindra la France entière, les passionnés de football connaissait le Bassin par ses équipes. Le club de La Combelle est, dans les années 40, champion de France, niveau le plus élevé que son statut lui permettait d’atteindre.

Suivant les époques, tous les sports apparaissent : foot, vélo, rugby, gymnastique, athlétisme, basket-ball, moto, boules –de diverses traditions- etc.

Même si la grande époque est un peu passée, le foot, et le sport en général, reste vivace sur le Bassin. La Combelle garde ses supporters et sa réputation intactes chez les amoureux du ballon rond.

 

A Près de la chapelle de La Combelle

 

La solidarité

 

S’il ne faut qu’un seul qualificatif, celui-ci s’impose.

 

Quand une galerie s’effondre, qu’un coup de grisou brûle, asphyxie et écrase, les différents s’effacent.

Les hommes s’acharnent à dégager leur collègue pris sous les éboulements, sans compter leur sueur. Tout le monde donne aux  quêtes en faveur des victimes d’accidents.

 

À partir de 1894, les mineurs vont s’approprier les institutions développées par les patrons au XIXe, essentiellement les Caisses de Prévoyance sur chaque puits. En effet, les représentants ouvriers deviennent prépondérant dans les Conseils d’Administration et les Sociétés de Secours Minières fourniront les premières embryons de la Sécurité Sociale de 1947.

 

Indemnités correctes en cas de maladies ou d’accidents, pensions d’invalidités, pour les veuves, prise en charge des soins et des médicaments, les mineurs voient leur situation sanitaire s’améliorer au XXe. N’oublions pas cependant que ces améliorations sont financées par des cotisations patronales et salariales. Elles représentent des salaires différés : pas de cadeau dans cela, mais un acquis des luttes ouvrières.

 

Les coopératives, elles, sont une création purement ouvrières, même si les municipalités participent. Boulangerie, épicerie, boissons, boucherie, tout un réseau de commerce de proximité permet au mineur et autres habitants du Bassin de faire leurs courses quasiment à prix coûtant.

 

       

 

A Au front de taille (à l’abattage du charbon)

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Les grèves

 

 

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Cette solidarité s’exprime, de manière particulièrement aiguë, pendant les nombreux mouvements de grève qui jalonnent l’histoire du Bassin.

 

En 1893, du 6 mai au 19 juillet, les mineurs de la Haute-Loire cessent le travail pour faire respecter le droit syndical[2]. Ils reprendront le travail vaincu par la faim. La grève fut très dure, avec intervention de l’armée, et eut des répercussions nationales. Jean Jaurès s’arrête à Sainte-Florine et prononce un discours virulent, le Conseil Municipal de Paris vote des secours aux mineurs dans une misère noire.

 

L’armée intervient systématiquement. En 1902, les grévistes essayent de mettre les soldats de leur côté en posant deux affiches. Voici l’une d’elles.

 

 

Manifeste aux soldats

 

Soldats ! Retenez bien cet arrêt, et faites-en votre profit !

 

Écoutez ceci : il se peut que vos chefs vous donnent l’ordre d’agir contre les travailleurs en grève, ou des hommes en révolte. Vous aurez alors, vous aussi, à consulter et à écouter votre conscience. Votre conscience vous dira, jeunes gens, que vous n’avez pas été arrachés à votre famille, à vos champs, à vos ateliers, à la vie libre, pour marcher contre vos parents, vos frères de misère, vos camarades de travail.

 

 

Durant la Seconde Guerre Mondiale, le maquis rassembla français et immigrés dans la lutte contre l’occupant nazi et les collabos. Parmi diverses actions, les résistants endommagèrent gravement les installations du puits des Graves, qui ne put fonctionner de 1943 à 1946.

 

En 1948, la grande grève des mineurs, déclenchée pour réagir contre la vie chère -l’inflation galopante avait dévoré les améliorations réelles de la Libération-, pour défendre le statut des mineurs et l’industrie charbonnière, se passe plutôt mal sur le Bassin.

Il y eut l’occupation du Bassin par les CRS nouvellement créés, des incidents violents en tous genres, mais également la solidarité de toute la population. Les paysans donnèrent des vivres, embauchèrent des grévistes. Ces évènements restent encore dans toutes les mémoires. 

La grève de 1963, en réponse à l’ordre de réquisition des mineurs par le pouvoir gaulliste, se passa dans la plus large unité. Elle permit des avancées salariales au niveau national et, au niveau local, contribua à repousser la fermeture initialement prévue pour les années 1960[3].

 

De 1835, date du premier mouvement social que les archives attestent, à 1978, date de la fermeture définitive des mines, tous les progrès dans la vie des mineurs furent arrachés, et non donnés spontanément. Rien d’original ici.

 

Un monde d’hommes… mais qui n’existerait pas sans les femmes

 

La loi de 1874 interdit la présence des femmes dans les travaux souterrains. Elles ne sont donc, en théorie, présentes que dans les installations du jour.

 

Mais le mineur ne pourrait durablement exercer son métier si sa femme ne le soutenait pas.

On a vu qu’ils ont tous un lopin de terre plus ou moins grand, des animaux à engraisser. Ils en font beaucoup après la journée à la mine, mais, et c’est un euphémisme, la femme y participe.

 

Dans l’ensemble du Bassin Minier, sans doute un peu moins à La Combelle, les femmes sont exploitées par des patrons de la passementerie qui leur livre à domicile le travail à effectuer (franges, dentelles, gants etc.) sur lequel elles usent leurs doigts et leurs yeux (à la lueur de lampes à pétrole) pour de maigres salaires qui aidaient à boucler les fins de quinzaine.

 

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L’atelier Conchon Quinette de La Combelle

Cahier préparé à l’école de Vergongheon (Haute-Loire) en 1906, par une jeune fille pour son certificat d’études.

Arch. Dép. de la Haute-Loire

 

 

La ménagère tient son ménage, comme toute femme d’ouvrier. Elle tient son intérieur –impeccable, sa fierté est en jeu !-, entretient les vêtements de travail de son homme, et ce n’est pas une mince affaire.

Mais, aussi, elle attend son retour, guette la sirène sonnant « à l’accident ». Pour qui, cette fois-ci ?

Quand son mineur se retrouve à l’infirmerie, à l’hôpital, parfois pire, il faut tenir le choc, car le moral du mari, des enfants, peuvent en dépendre. Quand la voisine est touchée, on va la soutenir. La vie doit continuer.

 

Il y a quand même un secteur que les femmes n’ont jamais quitté, jusqu’à sa mécanisation : le triage du charbon.

 

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Trieuses de Grosménil (Vergongheon, Haute-Loire)

 

Trieuses de Cellamines

(La Combelle)

 

La silicose frappe les hommes. Quand ils ne peuvent travailler, les femmes s’occupent de leurs maris : il faut assister continuellement, jusque dans les gestes les plus anodins parfois, des hommes dont les forces diminuent sans cesse, soumis en permanence à l’obligation du masque à oxygène, jusqu’à une issue que l’on sait fatale. Aucune n’en sort indemne.

 

 

Carte postale des années 1960

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[1] Ensuite, les ouvriers accédèrent aux bibliothèques.

[2] Les syndicats sont autorisés depuis 1884.

[3] De 1961, à 1963, les HBCM (Houillères des Bassins du Centre et du Midi, regroupement des Houillères du Bassin d’Auvergne avec celles de Saint-Étienne et du Midi) feront des amortissements exceptionnels dans leurs bilans comptables en prévision d’une fermeture prochaine.